Diané Taliby Adjoint à la communication UFDG France

Quand Fanon devient Achebe : le naufrage intellectuel de Joachim Baba Millimouno !

Il est des articles qui, sous couvert d’analyse, ne livrent ni éclairage ni réflexion, mais un étalage de confusions intellectuelles et de jugements approximatifs. Celui de Joachim Baba Millimouno, intitulé     « UFDG : le naufrage d’un leadership et l’urgence d’un réveil républicain », en est l’illustration parfaite : confus dans le fond, prétentieux dans la forme, approximatif dans les références.

Mais plus grave encore : c’est une falsification intellectuelle. Une tentative bancale de travestir une citation, d’instrumentaliser un romancier étranger aux registres politiques invoqués, et de déguiser une posture opportuniste sous les atours d’un prétendu sursaut républicain.

Frantz Fanon n’est pas Chinua Achebe…sauf pour Joachim Baba

Dès les premières lignes de son article, Joachim Baba Millimouno nous gratifie d’une citation solennelle : « La jeunesse doit dans une relative opacité découvrir sa mission, l’accomplir ou la trahir. » Attribuée sans sourciller à Chinua Achebe. Hélas, cette phrase est bien connue des lecteurs de Frantz Fanon, tirée de « Les Damnés de la Terre ». Une confusion qui, dans un devoir d’étudiant, vaudrait une remarque sévère. Dans une tribune politique, elle révèle une faille plus profonde : celle d’un auteur qui convoque des figures intellectuelles sans les maîtriser.

Confondre Fanon, penseur incandescent de la décolonisation et de la rupture révolutionnaire, avec Achebe, romancier des tragédies postcoloniales, n’est pas une simple bévue. C’est une faute intellectuelle. Une trahison du sens. Car Fanon appelait à une réinvention du politique par les masses, à une rupture radicale avec les élites compromises, ce qui, ironie du sort, fait écho avec le combat politique de l’UFDG sous le magistère du Président Cellou Dalein Diallo face au pouvoir en place. Achebe, lui, explorait les tensions culturelles et les blessures de l’Afrique post-indépendance à travers la fiction.

Les confondre, c’est confondre l’engagement avec la narration, la révolte avec la contemplation, le manifeste avec le roman. Et pour justifier quoi ? Un plaidoyer en faveur de la résignation ou pire, une invitation à la soumission de la jeunesse militante de l’UFDG, et au-delà, de toute une génération guinéenne en quête de sens.

Citer dans une tribune politique Fanon sans le savoir, invoquer Achebe sans l’avoir lu avec une condescendance intellectuelle à peine dissimulée : voilà le degré zéro de la pensée politique. Une posture confuse, prétentieuse, qui n’éclaire rien, mais s’arroge le droit de guider.  

Le « name-dropping » comme cache-misère intellectuel

Les plus fervents admirateurs de Joachim Baba Millimouno jugeront cette tribune sévère, voire la réduiront à une simple attaque politique. Pourtant, il faut bien reconnaître que Joachim Baba Millimouno n’en est pas à son premier dérapage intellectuel. Dans une précédente tribune intitulée « Le Mouvement des réformateurs de l’UFDG : une réponse lucide à la loi de l’évolution politique », il s’était déjà illustré par un usage pour le moins fantaisiste des références. On y retrouvait pêle-mêle Darwin, Alpha Blondy et Houphouët-Boigny, convoqués pour analyser ce qu’il considère comme une crise interne à l’UFDG mais tous, hélas, arrachés à leur contexte comme des citations décoratives dans un discours en manque de fond.

Ce procédé « le name-dropping politique » consiste à empiler des noms prestigieux pour masquer le vide argumentatif. Il ne s’agit pas d’éclairer, mais d’impressionner. Et dans ce jeu d’apparences, les idées s’effacent derrière les effets de manche.

Quand les citations brillent plus que les idées

Les références intellectuelles, scientifiques ou artistiques, maladroitement empruntées par Joachim Baba Millimouno dans ses tribunes, ne servent ni à nourrir le débat ni à enrichir la réflexion. Elles visent un objectif bien plus transparent : d’affaiblir l’UFDG en lui opposant un vernis pseudo-intellectuel.

Qu’il s’agisse de Fanon ou était-ce Achebe ? De Darwin, d’Alpha Blondy ou de Houphouët-Boigny, tous sont convoqués comme témoins à charge dans un procès politique déguisé en tribune. Mais à force de tirer les citations hors de leur contexte, Joachim Baba Millimouno ne construit pas une pensée : il érige un décor. Un décor où les références brillent comme des projecteurs braqués sur une scène vide.

Ce n’est pas de la pensée politique, c’est du bricolage idéologique. Et derrière ce bricolage, se dessine une stratégie bien rodée : discréditer l’UFDG sous prétexte de réforme, miner sa légitimité en prétendant la diagnostiquer, et détourner l’attention des véritables enjeux notamment ceux liés aux accointances entre lui, ses camarades prétendument réformateurs, et le pouvoir actuel, avec ses dérives autoritaires de plus en plus manifestes.

L’UFDG, plus qu’un parti, une vision qui résiste et qui refuse la résignation

Face à ces attaques déguisées en analyses, l’UFDG ne vacille pas. Elle ne cède ni à la provocation intellectuelle confuse ni aux pressions politiques. Malgré les turbulences, les campagnes de dénigrement orchestrées sous couvert de réforme, et les décisions autoritaires prises par le pouvoir à son encontre, le parti demeure résolument fidèle à son président Cellou Dalein Diallo et à sa ligne de rupture. Une ligne que Frantz Fanon (que Joachim Baba Millimouno ferait bien de lire avec rigueur plutôt que de citer à contre-sens) a théorisée avec force : celle d’une lutte sans concession contre les élites compromises, et les faux réformateurs, et d’un engagement radical en faveur de la justice, de la dignité et de la souveraineté populaire.

La fidélité de l’UFDG à la pensée de Fanon ne relève pas d’un simple hommage intellectuel : elle s’incarne dans une posture politique assumée. Refuser toute forme de confiscation du pouvoir, dénoncer les arrangements opaques entre les prétendus réformateurs et le CNRD, telle est la ligne de conduite du parti. Ce n’est pas dans les citations détournées que se joue l’avenir démocratique, mais dans la capacité à incarner une alternative crédible face aux dérives du pouvoir.

Là où Joachim Baba Millimouno recycle des citations comme des slogans publicitaires, quand il ne les mélange pas dans un cocktail d’approximations, l’UFDG, elle, persiste à porter une vision. Une vision bâtie sur la cohérence, nourrie par le courage, et animée par un engagement sans concession. Une vision qui ne se nourrit ni de confusion intellectuelle ni de citations creuses, mais d’une volonté politique limpide : celle de construire une Guinée plus juste, plus libre et plus responsable.

Car à force de confondre les éclaireurs avec les conteurs, on finit par marcher dans l’obscurité en récitant des fables.

Par Diané Taliby
Adjoint à la communication UFDG France

La rédaction afrique54.com